Véhicule électrique, pourquoi considérer le marché français ?
14 Jan 2021
Temps de lecture estimé : 7 minutes
Véhicule électrique, pourquoi considérer le marché français ?
14 Jan 2021
Temps de lecture estimé : 7 minutes

Alors que le marché automobile français est plombé par la crise sanitaire, le véhicule électrique tire son épingle du jeu.

Entre janvier et juillet 2020, les ventes de voitures électriques en France ont progressé de 128% par rapport à l’année 2019. Sur les sept premiers mois de l’année 2020, la voiture électrique a représenté près de 18% des immatriculations.

La France est-elle un nouvel eldorado pour le véhicule électrique ? Quels sont les atouts du marché français pour les investisseurs ?

Un marché européen en pleine expansion

Des dynamiques différentes entre les marchés européen, chinois et nord-américain

Au premier semestre 2020, les ventes mondiales de véhicules électriques et hybrides rechargeables ont augmenté de 4,1% par rapport au premier semestre 2019. Dans le même temps, le marché automobile mondial a chuté de 26%.

Sur un marché qui subit fortement la crise du COVID-19 et ses conséquences économiques, le véhicule électrique poursuit une croissance entamée depuis une décennie. Néanmoins, si le marché de la voiture électrique se porte bien, les dynamiques sont inégales entre les zones géographiques.

Entre janvier et juin 2020, l’Europe est devenue le leader des ventes de véhicules électriques avec une croissance de 42% et plus de 401 000 véhicules vendus. La part de l’électrique sur le marché européen est estimée à 8% sur cette période, contre 3,5% sur le premier semestre 2019.

Le continent européen a dépassé la Chine (360 000 ventes), qui était jusque-là le plus gros vendeur de véhicules électrifiés. Les Etats-Unis, avec environ 128 000 ventes sur la période, sont largement distancés.

Déjà observé au deuxième semestre 2019, l’essoufflement des marchés chinois et américain se confirme. Les tendances chinoise et américaine s’expliquent par la modification ou la suppression progressive des mécanismes de subventions.

Le marché européen, de son côté, bénéficie de mécanismes incitatifs et des politiques en faveur de la transition écologique. La dynamique ne devrait pas s’infléchir. Les prévisions annoncent une forte croissance des ventes entre 2019 et 2025 soutenue par l’entrée de nouveaux modèles de véhicules électriques. Le nombre de véhicules électriques produits sur le continent devrait être multiplié par 6 entre 2019 et 2025 et représentera alors plus de 20% de la production automobile de l’UE.

 

La France dans le peloton de tête sur le véhicule électrique

Les ventes de véhicules électriques en France sont en hausse constante depuis le début des années 2010.

Ventes de véhicules électriques en France de 2011 a 2020

Les résultats du premier semestre 2020 sont particulièrement encourageants. Malgré le contexte difficile, les chiffres de 2019 ont déjà été largement dépassés.

Les aides de l’État (prime à la conversion, bonus écologique) soutiennent la demande.

Mais le dynamisme du marché français s’explique aussi par le développement de l’offre. Par exemple, la Renault Zoé se classe désormais en 3ème position des ventes, toutes motorisations confondues.

Quels sont les atouts du marché français du véhicule électrique

Une réglementation favorable

Le marché français bénéficie des réglementations européennes en faveur de la transition électrique.

Depuis le 1er janvier 2020, l’UE impose en effet aux constructeurs des objectifs d’émissions de CO2. L’ensemble des véhicules immatriculés en Europe par un constructeur ne doit pas excéder le seuil moyen de 95 grammes de CO2 par kilomètre. Les constructeurs qui contreviendraient à cette règle s’exposent à de lourdes pénalités financières.

Pour répondre à ces exigences, les constructeurs automobiles sont amenés à faire évoluer leur offre. C’est pourquoi le nombre de modèles électriques proposés dans les concessions va exploser entre 2020 et 2025.

Comme on l’a vu, ce renouveau de l’offre s’accompagne aussi de mesures gouvernementales pour booster la demande.

 

La France bientôt en pointe sur la production de batteries électriques

Le développement d’une offre européenne de véhicules électrifiés ne s’explique pas que par la réglementation. La capacité de production sera aussi portée par l’implantation d’usines de production de batteries au lithium sur le continent européen.

Alors que l’industrie automobile européenne était tributaire en la matière des importations, essentiellement chinoises, la construction d’une douzaine d’usines de production de batteries mettra fin à cette dépendance.

Pour sa première usine de batteries, l’Europe a choisi le site de Nersac, en Charente. Cette usine-pilote démarrera sa production à compter de mi-2021.

Dans le cadre de ce projet européen « Airbus de la batterie », piloté par le groupe PSA et Saft, filiale de Total, la France sera en pointe. En effet, l’implantation d’une gigafactory à Douvrin, dans les Hauts-de-France est confirmée. La production sur ce site devrait démarrer courant 2023.

A elles deux, les usines de Nersac et de Douvrin devraient produire un million de batteries électriques d’ici 2030, soit 10 à 15% du marché européen.

 

Une forte culture de l’industrie automobile

La France dispose d’une forte culture en matière d’industrie automobile. Historiquement, la France est l’une des nations pionnières du secteur. Aujourd’hui, la filière automobile française représente environ :

  • 4 000 entreprises
  • 400 000 salariés
  • 155 milliards d’euros de chiffre d’affaires
  • 49 milliards d’euros de volume d’exportation

L’existence d’un écosystème dense couplé à la prise de position de la France sur la production des batteries électriques, en font une destination de choix pour l’industrie du véhicule électrique.
En effet, le secteur automobile fonctionne souvent dans une logique de proximité entre les sites de production et les bassins de consommation. Les constructeurs ont besoin de s’approvisionner, de produire et de distribuer au plus proche de leurs marchés. L’écosystème automobile français est donc un atout.

Ce maillage dense s’accompagne aussi d’une politique industrielle en faveur du véhicule électrique. Un effort de recherche et développement est à l’œuvre, en particulier dans le domaine des batteries, pour produire des véhicules électriques plus performants et moins coûteux.

Cet effort porte aussi le développement d’une infrastructure propice au développement du véhicule électrique, notamment via l’installation de points de recharge en collaboration avec les entreprises du secteur énergétique.

Pour aller plus loin, découvrez notre livre blanc : Industrie automobile, 8 idées qui vous empêchent d’investir en France.

 

Les Hauts-de-France, une destination stratégique pour investir dans le véhicule électrique

Une place-forte de l’industrie automobile en France

La région Hauts-de-France dispose d’une forte culture industrielle, qui en fait une destination de choix pour les activités de production. Depuis 2016, les Hauts-de-France sont la première région française en termes d’accueil des investissements industriels étrangers.

La région est traditionnellement une terre d’accueil pour l’industrie automobile. Peugeot Citroën s’est installée à Trith-Saint-Léger en 1954. Renault s’est implantée à Maubeuge en 1969 et Toyota à Onnaing en 1998.

Aujourd’hui, les Hauts-de-France accueillent 3 constructeurs mondiaux (Renault, PSA Peugeot Citroën et Toyota) sur 7 sites de production.
Les Hauts-de-France sont la première région automobile française en nombre de véhicules produits (700 000 véhicules par an). Elle se classe également en première position pour la production de boîtes de vitesse (1,3 millions par an).

En quelques chiffres, la région représente :

  • 37 % de la production nationale de véhicules
  • 40 % de la production nationale de moteurs
  • plus de 50 000 salariés dans le secteur automobile dont 6 000 dédiés à la R&D

En savoir plus sur le secteur automobile en Hauts-de-France

 

 

Une situation géographique au carrefour de l’Europe

La région Hauts-de-France bénéficie également d’une situation géographique exceptionnelle au cœur d’un bassin de consommation de 80 millions de personnes et à proximité de 3 grandes capitales européennes : Paris, Londres et Bruxelles.

Cette situation au carrefour de l’Europe fait des Hauts-de-France une région fortement impliquée dans les échanges internationaux. La région est en effet la 5ème région exportatrice de France et la 2ème région importatrice.

Les échanges commerciaux peuvent s’y appuyer sur des infrastructures compétitives. Les Hauts-de-France sont dotés d’installations maritimes, ferroviaires et routières exceptionnelles pour le commerce international.

 

Un écosystème dense et de qualité

Les Hauts-de-France compte près de 550 équipementiers ou sous-traitants qui peuvent collaborer avec les constructeurs. Ce tissu d’entreprises dispose d’un savoir-faire reconnu à l’échelle mondiale et mobilisable pour les acteurs qui investissent dans la région.

La Région et ses acteurs économiques agissent aussi pour encourager la conversion de la main-d’œuvre vers de nouvelles compétences. L’accent est donc mis sur la formation.

Le lancement du Campus ferroviaire, industries automobiles et éco-mobilité en 2013, témoigne d’une volonté de s’approprier les enjeux de la mobilité du futur et, en particulier, l’électrification du parc automobile.

Point de vue sur la filière
Le témoignage de Jérôme Bodelle – PDG du CRITT M2A

Le CRITT M2A est un centre de recherche indépendant implanté à Bruay-La-Buissière, dans le Pas-de-Calais. Nous sommes spécialisés dans la réalisation d’essais en recherche et développement pour l’industrie automobile.

Notre activité se répartit en 4 grands pôles : moteur, acoustique et vibration, turbocompresseur et, depuis 2014, électrique.

Sur le volet électrique, nous menons des essais sur toute la chaîne de traction électriques (cellules, modules, batteries électriques). Nous collaborons avec des constructeurs, des équipementiers, des bureaux d’étude. En fonction des besoins spécifiques du client, nous mettons en œuvre des solutions de tests qui peuvent porter par exemple sur la charge, sur la durabilité des batteries.

Notre savoir-faire permet de :

  • mutualiser les moyens et les compétences au service de l’industrie automobile dans un domaine en forte demande
  • anticiper et répondre aux besoins forts de l’industrie automobile
  • développer des solutions au service de l’industrie automobile régionale et européenne

Selon moi, les atouts de la France sur le marché du véhicule résident dans le faible coût de l’électricité (25 à 50% moins chère qu’en Allemagne par exemple) et dans son tissu de PME automobiles.
Néanmoins, la France a surtout une culture du moteur thermique. Il faut donc investir dans la formation et la transition énergétique pour combler notre retard sur l’Asie, par exemple.
L’écosystème, et notamment la présence d’acteurs de la R&D, joue un rôle important, même si les constructeurs ont des stratégies très diverses sur ce point. Certains investissent en interne dans la recherche & développement alors que d’autres préfèrent externaliser.

En ce qui concerne le CRITT M2A, les retours d’expérience acquis sur des projets variés et notre vision globale sont plutôt des atouts pour co-concevoir avec nos clients des solutions efficaces dans un délai assez court.

Le déploiement d’infrastructures de recharge électrique

Le Conseil Régional des Hauts-de-France a fait de la mobilité électrique un de ses chevaux de bataille.

La région investit massivement pour appuyer des projets territoriaux durables et porter un plan régional de développement de la mobilité électrique.

La région pilote également un programme de déploiement de bornes de recharge, en partenariat avec l’ADEME et les services de l’État.

Deux sociétés spécialistes de la mise à disposition de bornes de recharge pour les véhicules électriques sont d’ores et déjà implantées dans les Hauts-de-France : le groupe DBT à Brebières et Indelec Mobility à Douai.